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Destination Travelling

Posté par Mathilde, le 27 janvier 2010 – 17:33 dans: Cinéma

Aprés le split-screen de Camille et le plan-séquence de Charles, cette semaine nouveau détour du côté de la technique cinématographique avec le travelling. Si nous savons en reconnaître la beauté et en admirer l’utilisation lorsqu’elle est réussie, il n’est pas toujours évident d’en discerner ses différentes utilisations. Ce petit article à pour objectif de vous apporter quelques informations sur le sujet et d’aiguiser votre œil de cinéphile.

Qu’est ce que c’est ?

Un travelling est une technique cinématographique qui consiste à déplacer la caméra au cours d’une prise de vue. Ce mouvement peut s’effectuer par l’utilisation de rails sur lesquels un chariot (dolly) glisse, sur une grue ou encore avec une caméra sur l’épaule. Il est souvent associé et confondu avec le plan-séquence. Avant d’en arriver aux choses sérieuses, un aperçu en images de comment un travelling naît.

Quand est-il apparu ?

Il est difficile de situer précisément à quand remonte la première apparition du travelling dans l’histoire du cinéma. Sont cités comme prémices de cette technique, un film tourné à Venise par un opérateur des Frères Lumières sur une gondole en mouvement, Napoléon d’Abel Gance où des plans semblent effectués à l’aide d’un chariot, Cabiria de Giovanni Pastrone.

Quelles en sont les différentes utilisations ?

Il existe plusieurs types de travelling. Le choix de telle ou telle utilisation dépend de l’effet que le réalisateur souhaite produire sur le spectateur et sur le rythme du film.

+ Le Travelling Latéral

Il est généralement utilisé pour suivre un personnage qui marche ou qui court et ainsi rendre la scène dynamique tout en encourageant le spectateur à s’identifier au protagoniste. Cela est visible dans cette scène de Mauvais Sang où son emploi, associé à la chanson de Bowie et au jeu proche de la chorégraphie de Denis Lavant, génère une dimension poétique assez marquée. Il permet de dynamiser une scène et d’inviter le spectateur à adopter le rythme du protagoniste comme dans cet extrait de Beijing Bicycle. Le travelling de la scène d’ouverture du Lauréat où la caméra est placée au même niveau que le personnage sur un tapis roulant permet au spectateur de le reconnaître en tant que protagoniste de l’histoire à suivre. Le travelling latéral est ainsi souvent utilisé pour présenter les personnages principaux de l’intrigue comme dans Berlin-Express, Confessions d’un homme dangereux et Le Verdict.

+ Le Travelling Avant

Comme le travelling latéral, Il est employé la plupart du temps pour suivre le mouvement des personnages mais le point de vue adopté est différent et ne nécessite pas de rails. Il génère lui aussi une impression de dynamisme et de promiscuité avec le héros. Quelques exemples,le début Millenium Mambo qui associe à la musique et au ralenti donne une impression de temps suspendu et cet extrait de Full Metal Jacket.

+ Le Travelling Arrière

Comme les deux précédents, il est fréquemment lié aux actions des personnages principaux et a pour caractéristique de mettre en évidence leurs visages. Ce n’est plus le spectateur qui marche sur les pas du personnage comme avec le travelling avant mais le personnage qui va vers le spectateur. On le retrouve dans des scènes de conversations comme dans cette scène de Bizness ou de Frenzy. Il permet de bien voir le corps et l’expression des personnages lors de leurs déplacements. Cette particularité est visible dans la scène finale de Down by Law et Subway. Il peut aussi servir à prendre des distances avec le héros comme dans Les Harmonies Werckmeister et ainsi signifier un éloignement, un départ tel dans L’énigme du Chicago Express où la caméra est sur un train en marche. Le travelling associé à la présence de moyens de transport renvoie à la notion de déplacement (voir cette scène de Japon).

+ Les Travellings Haut et Bas

Comme leur nom l’indique, ils permettent de modifier la distance horizontale avec l’objet filmé. Rue sans issue débute par un mouvement du haut vers le bas qui nous donne une vue d’ensemble puis plus restreinte de l’espace. La séquence d’ouverture de Funny Games emploie un travelling aérien où la plongée permet de suivre le parcours de la voiture qui nous apparaît comme minuscule et sous entend déjà la menace qui pèsera plus tard sur les personnages.

+ Le Travelling Circulaire

On trouve ce type de travelling dans des scènes de danse (Ouvre les yeux d’Alejandro Amenabar) pour accentuer l’idée de mouvement, ou encore des les scènes romantiques comme celle du baiser de Vertigo reprit par De Palma dans Body Double où la caméra opère un 180°. Pour réaliser ces deux scènes, le décor a d’abord été filmé à 180° en panoramique puis les acteurs se sont ensuite placés sur un socle tournant devant les images.

+ Le Travelling Compensé

(aussi nommé, transtrav/zoom compensé/ Effet Vertigo/ Zoom d’Hitchcock)

Il s’agit d’associer un zoom avant à un travelling arrière ou un zoom arrière à un travelling avant. Cet effet est associé à Alfred Hitchcock dont il serait l’inventeur. En effet, on le retrouve dans Vertigo à plusieurs reprises (scène du clocher, scène du vertige). Le résultat est une impression déstabilisante qui évoque le sentiment de vertige du personnage et traduit visuellement son malaise. Ces plans permettent alors au spectateur d’accéder à son point de vue. On le retrouve dans des films récents, Reservoir Dogs, La Haine. Il peut aussi servir à retranscrire la vision de personnages ayant bu ou pris des drogues.

+ Le Steadycam

Il est souvent utilisé pour rendre le travelling fluide et éviter l’utilisation de rails. Son utilisation dans Shining est une des premières du cinéma. Elle est employée dans de nombreux films dont The Hit et Buena Vista Social Club ou encore Boys and Girls.

Je garde le meilleur pour la fin et pour les plus courageux, à savoir ce long plan séquence tiré de Kill Bill qui regroupe nombre des types de travelling cités précédemment mais surtout le so famous travelling de Kapo qui a marqué la vie de tout étudiant de cinéma qui se respecte (si, si) et qui a fait couler beaucoup d’encre dont l’article de Jacques Rivette « De l’abjection », la phrase Luc Moullet  » La morale est une affaire de travelling », reprise par Godard « Le travelling est une affaire de morale », et l’article de Serge Daney.

Et pour en savoir plus, un peu lecture complémentaire sur ce fameux travelling :

Pour voir plus d’extraits comportant des travellings, la playlist entièrement consacrée au sujet !

A lire aussi :

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Un Commentaire | S’abonner aux commentaires de ce billet


  1. Pango
    Posté le 31 janvier 2010 à 23:40 | Lien permanent

    LE travelling arrière ouvrant « PAth of Glory » reste un souvenir cinématographique mémorable

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