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On me voix, on me voix plus !

Posté par Sarah, le 4 février 2010 – 11:05 dans: Cinéma

Quand on dit voix-off, la première idée qui vient à l’esprit c’est le son d’une voix un peu sirupeuse qui raconte l’histoire en plus de l’image. Le spectateur a droit à un « Il était une fois… » en matraquage sonore. Bien sûr, certains genres cinématographiques ne semblent pas pouvoir se passer de cet accessoire. Ainsi dans Out of Africa, Meryl Streep nous raconte par le menu son amour pour l’Afrique avec des jolis mots et un ton nostalgique .

La voix-off est donc finalement reléguée au statut de « sous-titres lus par un acteur ». Pourtant la voix-off c’est avant tout un son hors du cadre, hors de la structure filmique. On confond, souvent à tort, un son hors champ et un son « off ». On définit un son « in » ou « off » en fonction de sa provenance. Si l’action qui provoque le son est ou était repérable à l’image, il est « in », même s’il est hors champ.

La voix-off qui raconte l’histoire

Là, deux possibilités :

  • Un narrateur, quelqu’un qu’on ne connaît pas, qu’on ne connaîtra peut-être jamais, un raconteur. C’est le principe d’un personnage omniscient, un Dieu du récit, qui voit tout et nous raconte tout. Cet exercice est assez risqué et peut être réussi quand la voix a une personnalité, une couleur, un ton, et qu’elle habille (esthétiquement) l’histoire, comme dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain
  • Un des personnages principaux, qui va nous conter sa vie, son expérience, ses petits tracas. Ici, la voix-off permet surtout d’éviter la mise en image des pensées… Pour arriver à cet effet, les thèmes du journal intime, de l’écriture de mémoires… sont l’excuse habituelle ; voici un exemple dans Le journal d’un curé de campagne.

Certains réalisateurs ont réussi à proposer une nouvelle approche de ce procédé : le point fort étant de déplacer le narrateur (ou le diseur) pour lui proposer une nouvelle place dans le film. La voix-off est un élément intéressant quand elle devient un personnage à part entière. Ainsi dans Le Plaisir, Max Ophuls réussit à présenter la voix-off comme étant celle de Maupassant : la voix n’est plus une lecture. Et cette idée fait toute la différence : la voix-off prend vie, elle représente un état, une création, un sentiment.

L’intérêt c’est aussi d’apporter autre chose à ce personnage. Par exemple dans Le Fabuleux destin d’Harold Crick où le narrateur se révèle être un personnage écrivant l’histoire d’Harold.

Les exemples de personnages narrateurs sont nombreux. Dans Casino, les narrateurs sont trois, ce qui fait du son une voix-off chorale, avec différents points de vue et différentes approches. Dans Laura ou dans Boulevard du crépuscule, c’est un des personnages qui nous raconte l’histoire a posteriori, pour finalement nous révéler leur identité. Preminger revient d’ailleurs à son personnage en croisant la voix du narrateur à la radio et le personnage dans un lieu présent et « in » (la séquence est ici)

La voix-off devient alors un élément significatif de la narration et donc du film : certaines informations ne nous seraient pas données, ou alors ne seraient pas assez cachées : dans un thriller, une voix-off réussie c’est celle qui fait durer le suspense !

La voix-off pensée

Un son dont on ne voit pas l’endroit d’où il provient, c’est un son qui vient d’un esprit. En clair, la voix-off c’est le meilleur moyen pour penser à voix haute. Dans Les Ailes du désir, l’ange nous fait entendre les pensées des passagers du métro.

Cette utilisation permet de mettre un personnage en avant : ses impressions sont présentées au premier plan. Dans L’Eté meurtrier, l’utilisation de la voix-off rend mêmes les pensées plus directes, la voix possède quelque chose d’instantané et d’intime.

Certains l’ont utilisée avec une touche d’exotisme en proposant que les pensées soient chantées comme dans Beau fixe sur New-York.

La voix-off ovni

Bien sûr cet effet est un peu la voie (ou la voix… ?) de la facilité pour les réalisateurs ! Il est souvent reproché aux cinéastes d’utiliser la voix-off pour éviter de montrer des idées uniquement grâce aux images. Mais dans certains cas, le texte qui accompagne le visuel semble obligatoire.

Dans Les Glaneurs et la glaneuse, Agnès Varda pose sa propre voix sur ses images. Elle devient le guide des spectateurs et pose sur le visuel, un timbre de voix et un rythme.

Chris Marker, cinéaste quelque peu « atypique », propose des aspects différents dans ses voix-off. La Jetée est un film en photo-montage, sans son « in » mais avec une voix-off. L’homme, non identifié (possiblement sans identité) nous raconte l’histoire du personnage principal. Sans ce récit audio, le film n’existerait pas (sûrement parce qu’il serait impossible de le comprendre !) : la voix est un mélange de traduction des mouvements et de compte rendu des sentiments. Elle apporte aussi une tension et un décalage au niveau de l’émotion.


Premier plan de « La Jetée »

De la même manière, certaines voix-off permettent de lier des images et des actions par un thème principal ou un sujet comme dans Bright Star.

Autre exemple : dans cette séquence du Talentueux Mister Ripley, le son « in » devient off, la continuité du discours est gardée, mais l’image ne montre pas tout.

La voix-off qui n’a rien à voir

Ici, on parle du son off qui n’a aucun lien avec le reste du film… et pourtant s’il est là c’est qu’il a une raison. Toutes ces voix viennent appuyer l’image mais sans passer par le discours d’un personnage potentiel : c’est la voix du réalisateur qui introduit un sujet (Le Procès, Orson Welles), une voix inconnue pour donner la distribution d’un film ( Le Mépris, Jean-Luc Godard), une voix enregistrée ( Synecdoque New-York,  Charlie Kaufman), le souvenir d’une voix (Voyage sans retour, John Farrow), une voix quasi publicitaire ( Qui êtes-vous Polly Maggoo ? William Klein).


« Qui êtes-vous Polly Maggoo ? »

Un dernier exemple un peu à part

A bout de souffle est un film majoritairement post-synchronisé. Bien sûr, on peut identifier la provenance des sons et des voix. Sauf que cette théorie fonctionne quand le personnage et le son sont dans un même plan. Explication : Belmondo parle, en hors champ, la voiture avance, la séquence continue. Belmondo continue de parler, mais les plans s’enchaînent. La continuité visuelle est rompue, mais la continuité sonore reste… La voix de Belmondo est bien en off, et non pas hors champ.

Ce que réussit à faire Godard, c’est l’exemple même d’une voix-off dans un espace sonore qui se suffit à lui-même. Quand la voix accède enfin à un statut aussi important que celui de l’image, alors le visuel et le sonore s’équilibrent dans un même ensemble.

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